Les récifs de St. John's : plongée dans l'extrême sud égyptien
Tout au fond de la mer Rouge égyptienne, à faible distance de la frontière maritime avec le Soudan, s'étend un ensemble dispersé de récifs que l'on désigne collectivement sous le nom de St. John's. Ici, pas d'hôtels ni de pontons d'où l'on se met simplement à l'eau ; la ville la plus proche se trouve loin au nord. Les plongeurs atteignent ces récifs presque exclusivement à bord de croisières plongée, et c'est précisément cet isolement qui fait tout l'attrait. L'eau est claire, les récifs sont en bonne santé, et le mélange de jardins de coraux peu profonds, de grottes étroites et de pitons exposés a valu à la zone la réputation d'être l'une des plus belles de la plongée égyptienne.
Où se trouvent les récifs
St. John's n'est pas un récif unique mais un vaste groupe de formations réparties en pleine eau, dans le sud profond de la mer Rouge égyptienne. La zone se situe au large plutôt qu'en frange le long de la côte, ce qui explique qu'elle soit restée longtemps relativement préservée. Parce qu'elle borde la frontière, c'est réellement le dernier terrain plongeable avant que ne commencent les eaux soudanaises. Les récifs y prennent plusieurs formes. Certains percent la surface sous forme de bancs de sable bas, d'autres s'élèvent en plateaux coralliens arrondis, et un certain nombre n'atteignent jamais tout à fait le sommet. Les noms locaux traduisent ces silhouettes : un récif appelé gota est une structure arrondie, tandis qu'un habili désigne un récif dont le sommet demeure immergé, dissimulé juste sous les vagues et invisible pour un bateau qui passe.
Rejoindre l'extrême sud
La distance conditionne chaque voyage vers St. John's. Les bateaux partent en général de ports de la côte sud de l'Égypte et font route vers le sud pendant de longues heures, si bien que les itinéraires se conçoivent comme des croisières de plusieurs jours plutôt que comme des sorties à la journée. Cet engagement filtre la population des plongeurs, et les récifs voient donc bien moins de palmes que les sites très fréquentés plus au nord. La contrepartie est une véritable autonomie : tout ce avec quoi l'on plonge, ce que l'on mange et ce sur quoi l'on dort voyage avec le bateau. En échange, on obtient des plongées au petit matin avec presque aucun autre plongeur dans l'eau, et le sentiment d'explorer des récifs qui semblent encore sauvages.
Les grottes et les passages
Si St. John's a une signature, c'est bien le labyrinthe de cavernes et de passages tissé à travers ses récifs les moins profonds. Dans les massifs coralliens de la région, le calcaire s'est sculpté en chambres reliées entre elles, en tunnels et en cheminées verticales. Par temps clair, la lumière du soleil se déverse par les ouvertures du plafond récifal et se brise en colonnes mouvantes de bleu et d'or, un effet qui vaut à ces passages leur réputation de cathédrales. Les systèmes de grottes les plus connus restent relativement peu profonds, ce qui les rend accessibles et autorise une exploration longue et posée. Comme les passages serpentent et se ramifient, ils exigent un bon équilibrage et une approche calme ; soulever du sédiment ou heurter les parois gâche à la fois la visibilité et la vie fragile accrochée à la roche. Un guide qui connaît les cheminements est précieux, et de nombreux plongeurs jugent que dériver dans ces couloirs baignés de lumière constitue le point culminant de tout le voyage.
Jardins de coraux et pitons
Au-delà des grottes, St. John's est avant tout une destination corallienne. Les plateaux peu profonds sont tapissés de coraux durs en formations serrées, tandis que les parois et les pitons se drapent de coraux mous et de gorgones qui prospèrent dans une eau nourrie par le courant. Les éventails de gorgones se déploient dans le flux pour se nourrir, et la densité même de la couverture sur certains piliers est saisissante. Les sites organisés autour de pitons isolés sont particulièrement mémorables, car le récif s'élève telle une tour depuis des eaux plus profondes et peut être contourné entièrement, la paroi plongeant de tous les côtés. Ces pitons concentrent la vie : des bancs de poissons de récif s'enroulent autour d'eux, les anthias scintillent au-dessus du corail, et les prédateurs patrouillent sur les bords, là où le récif rencontre l'eau libre.
La vie dans le bleu
Le caractère exposé et hauturier de St. John's est ce qui attire les grands animaux. Les récifs qui se dressent en pleine eau et captent le courant tendent à attirer les espèces pélagiques, et les récifs du sud sont réputés pour les rencontres avec des requins longeant les bordures profondes et le bleu au-delà de la paroi. Le requin gris de récif figure parmi les animaux que les plongeurs espèrent voir, et la région a plus largement la réputation d'accueillir des espèces d'eau libre qui transitent au fil des saisons. Les tortues broutent sur les plateaux coralliens, de grands bancs de vivaneaux et de barracudas se rassemblent au-dessus des plateaux, et l'on croise parfois des groupes de dauphins dans les eaux alentour. Rien n'est garanti, et cela fait partie du charme ; la plongée récompense la patience et l'attention portée au bleu autant qu'au récif lui-même.
Conditions et saisons
Plonger à St. John's, c'est plonger en pleine mer, et les conditions varient en conséquence. Les récifs hauturiers sont exposés au courant, et si un flux doux nourrit les coraux mous et amène les plus gros poissons, certains sites peuvent porter fort et se traitent au mieux comme des plongées dérivantes. L'état de la surface dépend du vent, et la traversée aller-retour vers les récifs peut être animée. La visibilité est généralement excellente grâce à l'eau claire et dégagée. Les températures de l'eau suivent le rythme saisonnier de la mer Rouge, plus fraîches en hiver dans l'hémisphère nord et les plus chaudes à la fin de l'été, si bien que les plongeurs choisissent leur protection thermique selon la période de l'année. Les croisières empruntant les routes du sud opèrent surtout durant les mois les plus chauds, et beaucoup de plongeurs privilégient les intersaisons pour un équilibre entre eau confortable et mer plus calme. Comme toujours, ce sont les conditions locales du jour qui décident des sites qu'un équipage peut atteindre en sécurité.
Plonger de manière responsable
La santé de St. John's est directement liée à la légèreté avec laquelle les plongeurs se comportent. Ces récifs sont restés en bon état en partie parce qu'ils sont difficiles d'accès et reçoivent peu de trafic, mais cela les rend aussi vulnérables aux gestes négligents. Un excellent contrôle de la flottabilité est indispensable, surtout dans les grottes et au milieu des coraux denses, où une seule palme mal placée peut anéantir des années de croissance lente. Les plongeurs doivent se tenir nettement à l'écart du récif, éviter de toucher le corail ou de s'y poser, et veiller à ne pas soulever de sédiment dans les passages fermés. Parce que la zone est isolée, l'autonomie et une planification prudente comptent plus qu'ailleurs ; les secours sont loin, et la démarche raisonnable consiste à plonger dans des limites confortables en laissant les guides donner le rythme. Traités avec respect, ces récifs offrent une expérience de plus en plus rare : un corail réellement florissant.
Sur la carte
St. John's se savoure déjà par l'étude, bien avant de se mouiller, et la géographie de ces récifs éparpillés se saisit plus aisément de manière visuelle. Utilisez notre carte interactive pour situer le sud de la mer Rouge égyptienne, tracer les récifs hauturiers face à la ligne de côte et mesurer à quel point la zone se trouve loin au sud. Zoomez pour explorer les régions de plongée environnantes et imaginer comment une route de croisière pourrait les relier entre elles. Quelle que soit la façon dont on la plonge, St. John's est une juste récompense pour le voyage qu'il faut accomplir pour l'atteindre.