Récif de l'Astrolabe : plongée au large de Kadavu, aux Fidji
Peu de récifs du Pacifique portent un nom aussi français. En 1827, la corvette Astrolabe, commandée par Jules Dumont d'Urville lors de sa grande expédition dans le Pacifique, faillit se fracasser sur une immense barrière de corail mal cartographiée, au sud de l'archipel fidjien. Le navire en réchappa, et le récif hérita de son nom sur toutes les cartes. Aujourd'hui, le Grand récif de l'Astrolabe enlace Kadavu, quatrième île des Fidji par la taille, tandis que son petit frère du nord dessine un anneau isolé autour d'un phare solitaire. À eux deux, ils composent l'un des terrains de plongée les plus préservés du Pacifique Sud.
Un nom hérité de la marine française
L'épisode de 1827 n'est qu'une note de bas de page dans la carrière de Dumont d'Urville, mais il a fixé pour de bon le nom du récif dans la cartographie occidentale. Pour les habitants de Kadavu, bien sûr, cette muraille de corail existait depuis toujours : zone de pêche, rempart contre la houle du large, frontière entre le lagon nourricier et l'océan. Les passes et les bancs portent des noms fidjiens bien plus anciens que n'importe quelle corvette, et les guides locaux les utilisent encore chaque jour pour lire la marée et choisir le site du matin. Cette double mémoire, celle des cartes européennes et celle des villages, donne au lieu une épaisseur que peu de destinations de plongée peuvent revendiquer.
Kadavu, une île à l'écart des circuits
Kadavu s'étire au sud de Viti Levu, séparée de l'île principale par les eaux profondes du passage de Kadavu. Longue, étroite et montagneuse, couverte d'une forêt pluviale remarquablement intacte, elle ne ressemble en rien aux couloirs hôteliers de Nadi. Aucune route ne parcourt l'île d'un bout à l'autre : on se déplace en bateau ou à pied, de village en village. Le chef-lieu, Vunisea, occupe un isthme étroit où se trouve la piste d'atterrissage. Cette économie touristique minuscule, faite de quelques petits resorts et d'opérateurs villageois, explique l'état exceptionnel des coraux : ici, deux bateaux de plongée sur le même site relèvent de l'anecdote. La forêt abrite en outre des oiseaux qu'on ne voit nulle part ailleurs au monde, dont un perroquet, un rhipidure, un méliphage et un ptilope propres à Kadavu, ce qui fait de l'île une destination aussi convoitée des ornithologues que des plongeurs.
Le Grand récif de l'Astrolabe sous la surface
Comptant parmi les plus grandes barrières de corail de la planète, le Grand récif s'étire sur une centaine de kilomètres autour de l'extrémité orientale de Kadavu et du groupe d'Ono, dont les îlots, Ono, Buliya, Dravuni, reposent à l'intérieur du lagon. Côté lagon, on trouve des jardins de corail paisibles, des patates isolées et des couloirs de sable, parfaits pour les plongeurs débutants, les palmes-masque-tuba et les secondes plongées tout en douceur. Côté océan, le décor change du tout au tout : tombants abrupts et pentes de coraux durs qui plongent dans le bleu, patrouillés par les requins de récif, les carangues et des rivières de fusiliers. Les Fidji revendiquent le titre de capitale mondiale du corail mou, et les zones balayées par le courant le confirment : les alcyonaires s'y épanouissent en violet, orange et blanc, enveloppés de nuages d'anthias.
Les passes : là où le récif respire
Les sites les plus spectaculaires restent les passes, ces brèches où l'eau des marées s'engouffre entre l'océan et le lagon. La passe de Naiqoro, sur la façade sud près de Kadavu, bénéficie d'une protection locale et s'est fait une réputation pour la densité de son corail et ses dérivantes toniques. Quand le courant s'établit, la passe fonctionne comme un estuaire : vivaneaux et barracudas se massent dans le flux, les coraux mous s'ouvrent pour se nourrir, et tout le récif semble s'allumer d'un coup. La marée décide de tout, et les guides construisent chaque journée autour d'elle avec la précision de gens qui lisent ces chenaux depuis l'enfance. Un minimum d'expérience de la plongée dérivante rend ces sites nettement plus confortables, mais bien orchestrés, ils comptent parmi les plus beaux moments qu'offrent les Fidji.
Le récif Nord et le phare de Solo
Au nord du groupe d'Ono, séparé de la grande barrière par une étendue d'eau libre, le récif Nord de l'Astrolabe forme un anneau presque fermé autour de son propre lagon, silhouette d'atoll plus que de barrière. En son centre se dresse le phare du rocher de Solo, sentinelle solitaire qui détourne les navires de ces murailles de corail depuis des générations. L'attrait du récif Nord tient à son exposition : il jaillit directement d'une eau océanique profonde et limpide, la visibilité y est souvent superbe et les rencontres pélagiques plus probables, requins gris le long des parois, bancs de barracudas, thons de passage, parfois une silhouette plus imposante venue du large. La traversée, plus longue et exposée à la houle, dépend de la météo ; mais par une belle matinée, plonger au pied du phare, au-dessus d'un tombant qui s'enfonce dans le bleu, justifie à lui seul le voyage jusqu'à Kadavu.
Les raies mantas de Buliya
À l'intérieur du lagon, la petite île de Buliya s'est fait connaître pour ses raies mantas de récif, qui fréquentent des stations de nettoyage voisines où des labres les débarrassent de leurs parasites. Les sorties s'organisent en général avec le village, dont les guides connaissent les sites et les animaux, et se pratiquent le plus souvent en snorkeling afin que les bulles ne dérangent pas les raies. Voir une manta se maintenir immobile au-dessus d'une patate de corail, ailes à peine frémissantes pendant que les poissons nettoyeurs parcourent sa peau, compte parmi les grandes émotions animalières des Fidji. Rien n'est jamais garanti avec des animaux sauvages, mais les observations sont assez régulières sur une bonne partie de l'année pour que deux matinées réservées à cette quête soient rarement perdues. Les revenus de ces sorties bénéficient directement au village, ce qui donne aux habitants de Buliya un intérêt concret à protéger les raies et leur habitat.
Préparer son voyage
On rejoint Kadavu par un vol intérieur depuis Suva ou Nadi jusqu'à la piste de Vunisea, puis en bateau jusqu'à son hébergement, le tout réservé à l'avance car l'île n'a rien d'une destination improvisée. Les alizés du sud-est dictent les conditions : la saison plus sèche et plus fraîche, de mai à octobre environ, offre une plongée régulière, tandis que la période de novembre à avril, plus chaude et plus humide, comporte un risque cyclonique, compensé par une eau délicieuse et une végétation luxuriante. Une combinaison fine suffit à la plupart des plongeurs toute l'année. Les sites du lagon conviennent à tous les niveaux ; les passes et la traversée vers le récif Nord se savourent avec un peu d'expérience du courant et un planning souple, qui laisse aux guides le choix de la marée et de la fenêtre météo. Prévoyez des espèces, de la patience pour la logistique insulaire et plus de cartes mémoire que de raison.
Sur la carte
La géographie des deux récifs s'éclaire d'un coup d'œil : le long arc du Grand récif autour de Kadavu et du groupe d'Ono, et l'anneau isolé du récif Nord avec son phare. Ouvrez la map interactive pour suivre le tracé des passes, parcourir les sites de plongée voisins et commencer à dessiner votre propre itinéraire dans le grand sud fidjien.